Feuille de route du réseau des AgroEcologistes Sans Frontière

FERME AGROECOLOGIQUE DE BEMAHATAZANA

 

 

Le Petit Baobab 38 / Réseau des AgroEcologistes Sans Frontière

 

FEUILLE DE ROUTE à l’intention du Dr Tiana, coordinateur et de Mr Solo et Mme Jeannette, salariés.

 

Le canevas ci-dessous est un récapitulatif des différentes opérations techniques à mettre

en œuvre, de préférence dans les 6 prochains mois.

Comme tout itinéraire technique agricole, celui-ci dépendra de facteurs humains

et climatiques sujets à variations.

Ce guide de travail fixe avant tout des priorités. C’est bien au Dr Tina d’évaluer,

au jour le jour, la pertinence de ces priorités en fonction des paramètres décrits dans les

chapitres ci-dessous.

 

PEPINIERE

 La mise en place d’une pépinière nous semble être une priorité. La reforestation de la

ferme est indispensable pour fertiliser la terre et lutter contre l’érosion qui transforme la

terre en latérite.

Toute la zone de Bémahatazana a besoin d’embaucagement pour les mêmes raisons.

La production de plants d’essences différentes pourrait même permettre à la ferme,

par la vente de ces plants, de trouver une partie de son autonomie financière.

La mise en place de la pépinière  a débuté lundi 09 Octobre par l’achat de graines et de

sachets plastiques ; la préparation du terrain en bordure de la source ; la préparation du terreau

par l’achat de fumier bien décomposé ; et la plantation des graines dans ce même terreau.

Des conseils ont été donnés à Solo et Jeannette pour le suivi de cette pépinière :

arrosage, soins , entretien …

Des espèces très variées devront être semées pour l’intérêt de tous et de la biodiversité :

arbres fertilitaires, arbres fruitiers, essences variées…

 

PLANTATION ET ENTRETIEN DES HAIES

Sur la ferme, nous avons prévu une haie tout autour de la parcelle habitée par Solo et

Jeannette. Cette haie existe par endroits ; pas du tout à d’autres endroits ; à réhabiliter

ailleurs.

La réhabilitation a déjà eu lieu vendredi 06 Octobre. Solo et Jeannette ont participé

à cette réhabilitation : binage et désherbage, construction de cuvettes pour retenir l’eau,

paillage de surface pour protéger de l’évaporation …une clôture grillagée complètera le tout.

Concernant la parcelle agricole, c’est la même chose. Une action importante consistera

à réhabiliter les endroits où la haie existe ; une autre sera de compléter les trous existants

avec de jeunes plants et de créer de toute pièce les endroits où la haie n’existe pas.

L’importance d’une pépinière productive est essentielle. Elle devrait être capable de

fournir les plants indispensables à la construction / réhabilitation des haies de pourtour.

La meilleure saison pour l’implantation sera en saison des pluies, bien sûr en fonction

de la grandeur des plants.

200 à 300 jeunes plants seront nécessaires pour embocager les 2 parcelles sur leur

pourtour. Une bonne dimension serait de démarrer la pépinière avec au moins 500 graines semées.

Le surplus servira par la suite ou pourra être vendu.

Dans la parcelle agricole, une vingtaine de jeunes plants, mal positionnés, pourront,

lors de la saison des pluies, être arrachés précautionneusement et être replantés en pourtour après

avoir  préparé le trou de plantation.

 

 

SOURCE

La source est une des richesses de cette ferme. Son entretien est indispensable.

Solo a commencé, samedi 07 Octobre, a nettoyé le site de la végétation envahissante.

Ceci permettra aussi de planter des bananiers sur la zone de proximité et d’en aménager

les abords pour une meilleure accessibilité.

Actuellement, la source est utilisée par la population pour remplir des bidons d’eau,

se laver, faire la lessive …Les personnes y viennent à pied et en char à bœufs.

Les bœufs viennent aussi s’y abreuver.

De par ses nombreuses activités, la source est polluée par les produits utilisés :

lessive, savons, bouses de vaches …

Cette fréquentation de la source pose donc problème. Loin d’interdire l’accès de la

ferme à la population avoisinante, la construction d’un puits dans le fond du vallon et

en amont de la source semble une bonne solution .Un bassin pour se laver et abreuver les

animaux sera construit en même temps.

La distance entre le puits et la source permettra à la terre de filtrer les éléments

les plus polluants. La source sera à destination unique d’arrosage et d’irrigation.

Elle retrouvera rapidement une qualité d’eau potable saine.

 

PUITS

Il est prévu la construction, dès les premiers travaux, de construire 2 puits ; un

sur la parcelle où seront érigé les bâtiments d’habitation et pour les animaux ; un

autre dans la parcelle agricole comme décrit ci-dessus .La construction de ces 2 puits doit

démarrer rapidement.

 

BATIMENTS

Une autre priorité est bien la construction de la maison d’habitation qui servira de

logement aux fermiers qui seront gardiens de la ferme en même temps.

A la suite, devront être construits : un poulailler, une bergerie, une porcherie,

un bâtiment agricole servant de stockage et d’abri pour le matériel agricole.

Cette construction est aussi une priorité et devrait commencer rapidement.

 

 

MARAICHAGE

L’espace maraîchage à aménager est une priorité. La saison sèche, avant les pluies

est certainement le bon moment, avant les travaux des champs pour les grandes cultures.

Les semences ont été achetées sur le marché de Bemahatazana. Par expérience, elles sont

plutôt de bonne qualité. L’agroécologie privilégie toujours les semences locales parce que

mieux adaptées. Nous verrons dans un deuxième temps comment apprendre à améliorer les

variétés cultivées.

 

Le travail, lundi 09 octobre, commencera par l’aménagement des planches qui seront

réalisées en petites terrasses .Les terrasses sont nécessaires pour travailler selon les

courbes de niveau de façon à privilégier l’écoulement  en profondeur et non en surface.

L’aménagement du terrain pour rendre la source plus accessible est aussi une priorité.

Une fois les petites terrasses réalisées, il faudra penser fertiliser la terre.

Du fumier de zébus provenant des parcs à bœufs peut être une bonne solution, en attendant

la production de compost issu de la ferme.

Il faut penser que la production servira à alimenter les cantines scolaires de Bémahatazana.

Ceci peut avoir une influence sur les variétés semées et la quantité de chaque légume

et donc du nombre de planches mises en culture.

Il y a certainement un travail à faire de mise en relation entre les responsables des

différentes cantines scolaires et le coordinateur de la ferme, le Dr Tiana.

 

COMPOST

La fabrication de compost de bonne qualité est essentielle pour une ferme en agroécologie.

Celui-ci commence par l’accumulation de matériaux organiques divers : matières animales

(bouses, crottes, fientes.. ) , matières végétales vertes (petites branches, feuilles..),

matières sèches (herbes de brousses, cannes de maïs, fanes d’arachides …).

Il est donc nécessaire de creuser une fosse fumière pour accumuler ces matériaux à un

même endroit. La fosse fumière consiste en un trou peu profond, 40 cm à peu près de profondeur

sur 3 ou 4 m au carré .En s’accumulant, les matériaux formeront un dôme qu’on reprendra, plus

tard, à la saison des pluies et lorsqu’il y aura suffisamment de matière organique

L’emplacement de cette fosse fumière peut se situer en aval du puits, de façon à avoir de

l’eau à disposition pour la fabrication du compost et à profiter de l’ombrage du bosquet.

 

La fabrication de compost, proprement dite, fera l’objet d’une formation pratique

lorsqu’un intervenant sera disponible (APDIP ou Réseau des AgroEcologistes Sans Frontière).

 

VERGER

 Il est prévu la mise en place d’un verger, d’une cinquantaine d’arbres, dans un 1er temps.

Une partie du terrain, au centre, est en pente et a subit une grosse érosion.

Le système des demi-lunes peut permettre de planter en terrain pentu et de réhabiliter une

terre qui a subit une grosse érosion. Le ralentissement de l’eau de pluie, le travail de décompactage

grâce aux raçines des arbres, la protection du sol avec le paillage, l’ombre apporté par le

feuillage, tout ceci permettra à la terre de retrouver une fertilité qu’elle a bien perdue.

 

Ce verger sera constitué d’arbres fruitiers bien connus ici ( orangers , citronniers ) mais

aussi d’espèces moins connues mais pourtant vues ailleurs, à Antsirabé par exemple : pêchers ;

pruniers, pamplemoussiers,  …

 

CULTURES DE PLEIN CHAMP

Cette ferme agroécologique doit être productive afin de montrer la pertinence de

l’agroécologie et aussi de permettre aux écoliers des différentes cantines de Bémahatazana d’avoir

à disposition une alimentation variée et équilibrée.

Une partie du terrain a déjà été cultivé récemment. Il faut continuer dans ce sens de façon à

protéger la terre par une couverture végétale. La prochaine saison des pluies permettra de lancer

des cultures de maïs, manioc, arachide, patates douces…

Dans ce genre de cultures, l’agroécologie consiste à utiliser du compost et des engrais verts

pour fertiliser la terre ; à pratiquer des rotations et associations culturales pour une meilleure

vitalité de ces cultures, ainsi que des préparations naturelles végétales pour renforcer

l’immunité de ces mêmes  cultures.

La saison des pluies étant proche, le compost fabriqué sur la ferme ne sera pas prêt pour ces

prochaines cultures .L’essentiel en agroécologie est de cultiver pour ne pas laisser le terrain à nu.

De même, s’il n’y a pas une seconde culture de suite, il est important de laisser les fanes et

débris végétaux pour une couverture maximum

Le compost réalisé sera mis à l’abri, protégé du soleil, du vent et de la pluie et utilisé

à la saison culturale suivante.

D’ici là, des formations auront lieu sur place, elles permettront de former les paysans à une

utilisation optimum du compost.

Concernant les rigoles creusées pour l’écoulement des eaux de pluie, il faudra labourer

perpendiculairement à la pente en prenant soin de réaliser les semis dès le labour terminé.

Les plantes en se développant fixeront le sol avec leurs racines et éviteront ainsi le risque d’érosion.

Seule la rigole naturelle au centre de la parcelle sera préservée, donc non labourée. Dès que possible,

des micro barrages seront édifiés pour ralentir l’écoulement de l’eau et lui permettre de s’infiltrer.

 

MISE EN DEFEND ET FEUX DE BROUSSE

En toutes circonstances, les feux de brousse sont à proscrire. L’érosion qui règne ici est dû

en grande partie à un manque de végétalisation qui provient fortement des feux de brousse

répétés.

Les 2 parcelles de la ferme sont entourées de chemins qui servent de protection aux feux.

Avec l’APDIP, nous avons vu la possibilité de récupérer des graines de xylosanthès, légumineuse

qui enrichit la terre et reste verte, permettant ainsi de faire des bandes pare-feu.

Une partie de la ferme n’est pas entourée par un chemin. Il est prévu, par la suite, d’y

implanté une bande de xylosanthès en travaillant superficiellement la terre avec un outil à dents .

Cette zone, difficilement travaillable car peu accessible et très érodée pourrait

être gardée en défend. Une zone en défend est une zone où aucune activité humaine n’est réalisée,

permettant ainsi à la végétation de reprendre ses droits d’une façon naturelle.

Bien sûr, les feux de brousse ne doivent pas sévir, d’où l’intérêt de faire une protection.

Une zone en défend constitue un réservoir naturel en flore et faune (insectes et autres)

nécessaires à retrouver un équilibre sur une ferme agroécologique, et un sujet pour observer comment

la nature se reconstruit ( espèces oubliées par exemple ).

 

 

ELEVAGE

Il ne semble pas opportun d’acheter des animaux tant que les bâtiments d’élevage n’auront pas

été construits et que Solo et Jeannette n’habiteront pas sur place.

 

VOLAILLES

Sitôt les bâtiments terminés, les poules et coqs peuvent être achetés. Ils se nourriront en

grattant la terre et à partir des déchets de la consommation familiale.

Prévoir de ramasser les œufs régulièrement. Prévoir aussi de laisser quelques poules couver

Le fait de les fermer tous les soirs dans le poulailler permet, au-delà de la sécurité, de

ramasser régulièrement les fientes nécessaire à la fabrication de compost. Il faudra les mettre

régulièrement dans la fosse fumière.

Il faudra aussi veiller à ce que les poules n’aillent pas trop gratter au pied des jeunes

arbres juste plantés. Pour éviter cela, il sera impératif de les protéger (protection végétale

ou grillage).

 

MOUTONS

Dans un second temps, la petite troupe de moutons (10 jeunes femelles et 1 jeune bélier)

pourra être achetés. En les achetant jeunes, ils coûteront moins cher et s’habitueront plus

facilement à leur nouveau territoire.

Il faudra penser à acheter le bélier à un autre éleveur que celui qui fournira les agnelles,

ceci pour éviter la consanguinité.

Les moutons ne pourront pas être laissés en liberté, au risque d’endommager les cultures et

plantations. Ils ne pourront pas non plus être gardés par un des 2 fermiers ce qui leur prendrait

trop de temps.

La bonne solution consisterait sans doute à les faire garder par un éleveur qui a lui même

un troupeau et les garde dans la journée. L’idéal serait de pouvoir les rentrer tous les

soirs dans la bergerie de la ferme pour une bonne surveillance et de pouvoir ainsi ramasser

régulièrement les crottes pour enrichir la fosse d’accumulation des déchets végétaux et animaux.

Les animaux s’habitueront très vite à se mélanger à une autre troupe le matin et à retourner

à leur bergerie le soir.

 

PORCS

 L’achat des porcs (3 truies et un verrat) ne pourra se faire que lorsque la ferme produira

elle même la nourriture qui leur sera nécessaire. C’est le propre d’une ferme en agroécologie : être

autonome sur le plan production.

Là encore, acheter les animaux jeunes est une bonne précaution. On s’habitue à eux comme ils

s’habituent à nous et on maitrise mieux leur croissance.

La nourriture (plantes entières ou restes de maïs , manioc, tarot , arachides , riz , etc.)

seront pris sur la ferme. Il vaut mieux au début acheter moins de porcs et être autonome en

nourriture plutôt que l’inverse.

Le nettoyage régulier des cases est indispensable pour une bonne hygiène. De même que pour les

volailles et les moutons, le fumier des porcs sera mis dans la fosse à déchets en attendant d’être

composté.

 

 

ABEILLES

Dans une ferme agroécologique, les abeilles sont un élément important, bien sûr pour la

production de miel mais aussi pour la pollinisation. En effet, une grande part de la pollinisation

est assurée par les insectes : abeilles et autres bourdons.

Lorsque la ferme sera bien démarrée, il est à prévoir l’installation de 3 à 5 ruches.

Des ruches existent dans le village de Bémahatazana. Il peut être intéressant de prendre

contact avec cet apiculteur pour l’installation des ruches et le suivit.

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